ALBERT VICTORIN BREAU

Artiste peintre paysagiste
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Biographie  Albert V. Breau

L'Enfance
 
Né en 1941 à Moncton au Nouveau-Brunswick, cadet d'une famille de 13 enfants, Albert Victorin Breau est pris en charge par son grand-père paternel vers l'âge de deux ans alors que ses parents divorcent. Ses frères et soeurs sont placés dans des hospices dirigés par des religieuses. Albert vivra dans une ferme reculée de la vallée de Memramcook dont le voisin le plus proche est à une heure de marche. Ses premières années d'apprentissage se sont donc passées en compagnie d'adultes. Ses seuls compagnons de jeu étaient les animaux de la ferme. Son imagination fertile faisait le reste.
 

"À partir du moment où j'ai commencé à marcher, j'ai chevauché les chiens, puis les brebis. Un jour j'ai essayé de monter le bélier, mais il m'a rué par terre, puis chargé jusqu'à ce que je sois couvert de bleus. Un de mes oncles, qui a entendu mes plaintes est venu à mon secours. À la suite de cet événement, mon grand-père m'a laissé monter un de ses chevaux de trait, un « Chestnut »  qu'il appelait Prince. J'avais quatre ou cinq ans et il devait me soulever pour m'installer dessus. Je restais assis sur le cheval durant des heures, pendant qu'il tirait une charrette ou faisait des allers retours pour labourer le champ.

Le reste du temps, je jouais aux cow-boys et aux indiens. Parfois j'étais le cow-boy et parfois le brave guerrier indien. Les chats et les poulets me servaient d'ennemis. Les vaches du pâturage étaient les bisons que je chassais pour nourrir ma famille. Le jour où mes grands-parents m'ont amené au cirque, j'ai été fasciné par le dresseur de lions. Le lendemain, j'essayais de convaincre mes chats de jouer le rôle des lions mais comme ils ne voulaient pas coopérer, je me suis tourné vers les chiens. J'ai eu plus de succès avec eux mais j'ai eu de sérieux ennuis quand j'ai voulu les faire sauter dans un anneau en flamme" dit-il en riant. "J'ai échappé l'anneau, ils se sont enfuis et j'ai reçu une volée pour avoir mis le feu au champ de foin."
 
"Comme on n'avait pas l'électricité je passais les longues soirées d'hiver assis à la table de la cuisine sous l'éclairage tamisé d'une lampe à l'huile, à dessiner des bonhommes allumettes et des chevaux et à inventer une histoire pour chaque dessin."
 
Vers 8 ou 9 ans, il retourne vivre à Moncton chez son père qui s'est remarié. Celui-ci le bat fréquemment, à lui couvrir le corps de bleus. Albert, qui bégaie depuis l'enfance, voit son handicap s'amplifier en présence de son père. On l'inscrit à l'école du quartier mais comme il n'a pas encore appris à lire et écrire, il bégaie et ne sait pas coopérer avec les autres enfants, on le classe parmi les enfants en difficulté dans un groupe communément appelé la "classe des stupides" où l'unique occupation proposée consiste à dessiner et bricoler.
 
À la fin de la journée, la maîtresse d'école leur conte l'histoire de Tom Sayer et c elle d'Évangéline et la déportation des Acadiens. C'est là qu'il apprend à "hair" les anglais. À la sortie de l'école, les francophones et les anglophones se rencontrent au coin de la rue et se battent pour défendre la réputation de leurs ancêtres. Puis Albert retourne dans son quartier (anglais) et s'amuse gentiment avec ses amis (anglais). Puis Albert retourne dans son quartier (anglais) et s'amuse gentiment avec ses amis (anglais).
 
« Ace"  Breau -  Le boxeur
 
Chez son père, le seul privilège qu'il a est d'écouter la boxe le vendredi soir à la radio. (Gillette's cavalcade of sport). Il rêve de devenir boxeur. Son père lui répond alors: "Toi, boxeur? T'as les deux pieds dans la même bottine, tu vas te faire massacrer..."
 

"C'est vrai, dit-il, que j'avais les deux pieds dans la même bottine mais mon père n'avais pas réalisé à quel point j'étais un enfant déterminé. Quand j'avais un objectif en tête, je m'arrangeais pour l'atteindre. Quand quelqu'un de ma famille me disait que je ne pouvais pas faire quelque chose soit par manque de talent ou d'entraînement, je trouvais une manière de leur prouver qu'ils avaient tort."

Il retourne régulièrement chez son grand-père durant les fins de semaines et les vacances. Comme il n'apprend pas à lire et écrire à l'école, son père l'en retire, décidant finalement que son garçon est trop stupide pour apprendre. Albert retourne vivre à t emps plein chez ses grands-parents et en est enchanté.
 
"Vers l'âge de dix ans, je me levais à cinq heures du matin et je travaillais jusqu'à six, sept heures du soir avec les adultes. Mais je peux vous dire une chose, il n'y avait pas une seule heure de la journée où mon esprit n'inventait pas d'histoires. Grâce à mon imagination, je vivais toutes sortes d'aventures du lever au coucher. Mon esprit n'a jamais cessé de créer des aventures. La seule différence, c'est que maintenant, je peux faire en sorte que les plus agréables deviennent réalité."
 
Albert demeure chez ses grands-parents jusqu'à l'âge de quatorze ans, puis rejoint sa mère, ses frères et soeurs qui ont, entre temps, émigré à Montréal. Rapidement, il trouve son chemin vers les gymnases de boxe. Il perd ses douze premiers combats amateurs. Devant l'échec il entend les paroles dénigrantes de son père: "Toi, boxeur ?..." Il persiste et gagne une centaine de combats amateurs. Les journalistes le surnomment "Ace" Breau, un nom qui le suivra tout au long de sa carrière de boxe. Il gagne les "Golden Gloves", les "Diamond Gloves", le championnat canadien amateur, puis il gagne le championnat professionnel dans la catégorie Junior Mi-moyen en 1967 contre Fernand Simard. Dans sa carrière professionnelle, il s'est battu cinquante-huit fois. Il prenait plaisir à narguer son père avec ses trophées et ses victoires.
 
 
Albert et les chevaux. 

Suite à sa carrière de boxe, il travaille comme forgeron, un métier qu'il a appris de son grand-père. Il dresse les chevaux et les ferre pour des écuries privés ainsi qu'à Blue Bonnet, jusqu'à ce qu'un cheval récalcitrant lui casse le bras droit d'un coup de pattes. Durant cette période de congé forcé (il a le bras dans le plâtre), son épouse Eileen  lui offre un petit ensemble de peinture à l'huile. "Comme la vie nous réserve des surprises. Il découvre donc les couleurs et la sculpture.

 
Ce ne fut pas long avant que ces nouveaux passe-temps se transforment en projets d'avenir et réorientent sa vie. Là encore, son père et certains membres de sa famille se moquent de lui.
"Hé, disent-ils, un ex-boxeur qui veut devenir artiste..." Il raffine sa manière de peindre pour se construire une solide réputation en tant qu'artiste, autant pour l'aquarelle que pour l'huile.
 
La seule personne qui n'a jamais ri de lui est son épouse Eileen.
" Je la remercie infiniment pour cela ! »  nous dit-il.

 

 
 
L'Auteur 
 
Grâce à Eileen, une belle Mohawk de Kanawake, il apprend à lire et écrire vers la fin de sa carrière de boxe. Il apprendra plus tard qu'il est dyslexique. "C'est là que j'ai réalisé que je n'étais pas aussi stupide qu'on avait toujours voulu me le faire croire."

Il prend aussi des leçons d'art dramatique au Montreal Theater workshop. Cet exercice lui permettra de se débarrasser de son bégaiement.
Avec le temps, un peu plus confortable avec la lecture, il écrit des poèmes, des pièces de théâtre dont "Le vernissage" qui a été joué à Laval, puis le roman "Les ombres rouges" édité en 1998.


 

 

L'Artiste
 
Breau ne croit pas que la vie est faite de beauté et de bénédictions. Pour lui, une grande partie de la vie n'est pas plaisante et c'est pour cette raison qu'il recherche la beauté dans ses moments infiniment petits et éphémères d'autant plus précieux et vivifiants. Ses tableaux montrent sa perception intime du monde. Il cherche ce qui est captivant, ce qui est caché au coeur de l'obscurité de la mélancolie et du désespoir; il capture un coucher de soleil, une chute, il s'émeut d'un monde enneigé paisible et silencieux, empreint de cette solitude heureuse qu'il a bien connue.

" Ces petits moments " dit-il, " me permettent d'apprécier l'essence de la nature et m'aident à faire face à ma vie. Je crois que tous nos petits triomphes personnels surpassent les faux symboles de bonheur projet à par la société. Ces moments véritables pénètrent notre existence plus profondément que ne le font les grandes passions, les applaudissements ou les récompenses financières. C'est à travers ces instants que je perçois le sens majestueux de la vie. J'aime peindre. Je m'amuse à capturer les humeurs changeantes de la nature."

 
Pour lui, l'art est une forme de communication subtile et agréable. Il interprète ce qu'il voit et le peint pour le suspendre dans le temps et permettre à d'autres personnes d'y prêter attention. Les tensions du monde commercial et ns existences beaucoup trop planifiées nous empêchent de voir et d'adhérer à cette liberté créatrice qui apporte un style de vie significatif, contemplatif.

"Me retirer dans la solitude permet à ma créativité de s'épanouir et renouvelle ma capacité de comprendre et d'apprécier ce monde. Trop de gens placent ce besoin en arrière plan de leur vie. Conscient que je n'ai qu'une seule vie à vivre, je fais attention de ne pas perdre de temps avec des futilités".

 
Philosophie de vie 
 
Lorsqu'on le questionne sur ses buts, Il répond spontanément: La longévité. 

« Je veux vivre et devenir très vieux pour pouvoir aimer ma famille et mes amis le plus longtemps possible. Je veux peindre, écrire et continuer à apprendre tout ce que je peux de la vie. Je veux ne rien prendre au sérieux. Mon grand-père, "Josh" Breau, a vécu une vie longue et bien remplie. Il est mort un peu avant son cent-dixième anniversaire. Ce dont je me souviens le plus de lui est son sourire sans dents et son rire tonitruant. C'était un homme gentil et tendre.  Il a quitté cette vie le sourire fendu jusqu'aux oreilles sur son visage basané. Plusieurs de mes ancêtres ont vécu jusqu'à quatre-vingt dix ans, quelques-uns jusqu'à cent ans. Avec des gênes comme ceux-là, j'ai une bonne chance d'atteindre mon but."

 
 
Entre la boxe et l'art
 
Breau ne se lance jamais dans un projet avec une vision arrêtée du résultat. Comme dans d'autres domaines de sa vie, lorsqu'il crée et laisse place à l'improvisation.  "L'art est une aventure constante. Chaque œuvre possède sa propre énergie, mon travail consiste à lui permettre de circuler librement et ne pas lui imposer de limitation." 
 
"Vous savez ce qui m'étonne le plus?
J'éprouve le même enthousiasme lorsque je suis face à un défi artistique que lorsque j'étais jeune dans une arène de boxe. J'ai fait plus de 160 combats, amateurs autant que professionnels. Chacun de mes adversaires offrait un défi différent - style, force, poids, vitesse, intelligence. Quelques fois, toutes ces qualités se retrouvaient dans un boxeur particulièrement talentueux. Comme dans les autres domaines de ma vie, l'art possède des défis - couleurs, forme, grandeur, composition, humeur changeante de la nature, en plus de mes élans et de mes limites personnels."

Albert V. Breau n'essaie pas d'être ce qu'il n'est pas. Pas de traitement choc, pas de message politique dans sa peinture, seulement des scènes paisibles, ressourçantes, des toiles qui lui ressemblent, tout simplement.